Le 18 septembre 2026, la préfecture réunissait l’administration et les organisations professionnelles agricoles pour travailler sur les aides de crise. Dans un contexte d’asphyxie économique généralisée, la FDSEA a fermement défendu le dossier agricole afin d’arracher des soutiens d’État plus justes. Pas simple, alors que les finances publiques sont dans le rouge avec une dette publique qui explose et que d’autres professions sont aussi en difficultés.
La profession agricole a complété les données présentées par la DDT, pour dresser un tableau sans appel : entre la sécheresse sévère et l’envolée des charges, les récoltes amputées et des prix trop peu rémunérateurs, les revenus prévisionnels pour 2026 plongent dans le négatif pour la grande majorité des cultures. À cela s’ajoutent des filières d’élevage pénalisées par le manque d’herbe et les dégâts de gibiers, ainsi qu’une filière viticole confrontée depuis plus de cinq ans à des difficultés aiguës.
Arracher des soutiens réels
Face à des dispositifs encore trop restreints pour couvrir l’ampleur des pertes, Pascal Wittmann a expliqué la position syndicale : « La FDSEA a hésité à venir compte tenu de la faiblesse des aides, mais la situation est bien trop grave pour pratiquer la politique de la chaise vide »… Une chaise était pourtant vide, celle d’un syndicat concurrent, absent et muet quand il faut cravacher pour travailler à des actions concrètes et urgentes. Hors de question, pour la FDSEA, de baisser les bras : le syndicat demande un calibrage des aides qui réponde aux réalités du terrain et évite le saupoudrage.
C’est aussi la demande des Jeunes Agriculteurs qui, par la voix de leur président William Schneider, appellent à une hausse de l’enveloppe haut-rhinoise issu du « fonds de réarmement » : cette dénomination porterait à sourire si on avait encore le cœur à cela ! Actuellement dotée d’une première tranche de 777 557 €, la plus faible de tout le Grand Est, cette enveloppe répartie par l’administration régionale a tout bonnement oublié la viticulture et l’agriculture de montagne !
Ce que n’ont pas manqué de souligner Gilles Ehrhart pour l’Association des Viticulteurs d’Alsace, et la FDSEA pour la montagne. Le préfet s’engage à saisir ses collègues des administrations régionales pour que la deuxième tranche soit bien plus à la hauteur des enjeux.
De nombreuses propositions
Le syndicat majoritaire, qui avait longuement travaillé le sujet en amont, a également porté des revendications pragmatiques et concrètes par la voix de son secrétaire général adjoint Mathieu Bintz :
Tout d’abord, il a fallu obtenir des critères d’éligibilité cohérents avec les pertes réelles des fermes, sans exclure les zones de montagne ni la viticulture, mais sans minorer les difficultés fortes de la céréaliculture : car d’après les projections de la Chambre d’Agriculture, le revenu prévisionnel à l’hectare pourrait s’effondrer à – 122 €/ha pour le blé non irrigué, – 140 €/ha pour le maïs irrigué, – 229 €/ha pour le soja irrigué, et – 536 €/ha pour le maïs non irrigué. Les organismes stockeurs constatent également une forte chute des volumes.
Compte tenu de la faiblesse de l’enveloppe, le saupoudrage a aussi été exclu : un minimum de 4000 € sera attribué par exploitation aidée avec une majoration de 1000 € pour les jeunes installés. L’enveloppe divisée par ces montants donne un résultat sans appel : moins de 200 exploitations seront aidées. Aussi d’autres aides ont-elles été soutenues par la profession :
La prolongation de l’aide GNR vient d’être arrachée par la FNSEA, ainsi que celle pour l’achat d’engrais, dont les critères ont été assouplis.
Devant le préfet et le directeur des finances publiques, la FDSEA a dénoncé les retards pris par l’administration pour verser les aides. Les services de l’Etat indiquent que d’importants efforts sont en cours pour accélérer les paiements.
Un long débat a aussi eu lieu sur le dégrèvement de la taxe foncière sur les propriétés non bâties. La profession a demandé un taux significatif de dégrèvement, et le règlement d’un problème récurrent : d’une part, l’annonce du dégrèvement arrive tardivement, et d’autre part, les propriétaires « omettent » trop souvent de le rétrocéder aux fermiers. Le syndicat demande une refonte structurelle du mode d’appel de cette taxe pour que l’allègement fiscal se ressente véritablement dans la trésorerie de l’exploitant.
Aide-toi, le ciel t’aidera
Si la bataille syndicale pour chaque euro d’aide publique est indispensable, elle ne suffira pas à elle seule à panser les plaies laissées par la sécheresse, la volatilité des marchés ou le manque de pouvoir d’achat des consommateurs. Les aides de crise sont un amortisseur d’urgence, pas un modèle de rémunération pérenne.
Dans ce contexte imprévisible, les chefs d’exploitation doivent également se saisir pleinement du pilotage financier de leur structure. Retrouver l’équilibre économique exige un examen minutieux et sans concession de chaque poste de charges : optimisation des intrants, rationalisation de la mécanisation et des parcs matériels (via l’entraide ou les mutualisations via les CUMA par exemple), maîtrise rigoureuse des consommations énergétiques, portage foncier via le GFAM si besoin et rééchelonnement des encours bancaires, fiscaux et sociaux.
Le directeur des finances publiques et David Herrscher, président de la Mutualité Sociale Agricole ont ainsi rappelé que les impôts et cotisations sociales peuvent faire l’objet d’étalement, sur demande, pour ménager la trésorerie en attendant un retour à meilleure fortune.
L’assurance est aussi une réflexion à conduire : puisqu’elle est largement subventionnée par l’Etat, elle s’avère souvent plus judicieuse que d’espérer une indemnisation au titre des calamités, incertaine et anecdotique en montant.
Face aux crises qui s’enchaînent, la résilience de nos fermes passera autant par la force de nos revendications collectives que par notre capacité individuelle à adapter nos systèmes et à maîtriser nos coûts de revient. Pour doper vos compétences en matière de gestion, la formation est un bon levier, tout comme les conseils prodigués par des professionnels dans les dispositifs REAGIR et REBOND (renseignements auprès de votre syndicat ou de la Chambre d’Agriculture).

